« A tous les bien-aimés de Dieu, aux saints par l’appel de Dieu, à vous, grâce et paix de la part de Dieu notre père et du Seigneur Jésus Christ ».
Il y a peu, le 1er novembre, l’Eglise invitait ses fidèles à fêter tous les saints. S’agissait-il de célébrer la foule innombrable des saints canonisés, l’immense cortège de celles et de ceux qui, reconnus par l’Eglise, qui ont vécu dans l’imitation de Jésus Christ et qui peuvent être pour chacune et chacun d’entre nous des modèles à suivre pour cheminer au mieux à sa suite et glorifier son Père ?
Comme chaque année, j’ai surtout
une pensée pour la foule innombrable et le cortège immense de celles et de ceux,
anonymes, qui vivent uniquement dans la mémoire de leurs proches. Parmi eux, à
n’en pas douter, il se trouve des femmes et des hommes dont la vie et l’exemple
seraient encore plus édifiants que ce que les saints portés sur les autels nous
donnent à méditer ! Il est, dans la masse des fidèles, et aussi parmi
celle des « infidèles », des vies exemplaires de charité et
d’attention à l’autre. L’amour du prochain, la simplicité sans orgueil,
l’humilité dans les rapports humains ne sont pas, loin s’en faut, l’apanage des
chrétiens estampillés, comme le sont les saints du calendrier. Parmi les
« infidèles » - je veux dire parmi celles et ceux qui soit sont
lassés de l’institution ecclésiale ou qui n’ont jamais commencé d’y mettre le début d’un
doigt - il y a des saints, et ils sont des exemples pour aujourd’hui ! L’exemple
de ces anonymes qui ne sont pas même des baptisés, mérite d’être suivi par
d’autres, et souvent par certains des baptisés…
Voici la pensée qui me traverse l’esprit chaque 1er novembre : La Toussaint c’est d’abord une fête des vivants !
« Laissez les morts enterrer leurs morts » dit Jésus à ses disciples (Luc 9,59-62)… »
Tentons de suivre son conseil. Si les saints patentés sont donnés à la piété populaire, c’est en vertu de leur entrée (certifiée) dans la Vie du Royaume ; ils ne sont fêtables que parce qu’ils sont Vivants et si nous les fêtons généralement à la date de leur mort, c’est que cette date est aussi celle de « leur montée au ciel » et elle n’a de sens que pour cela. La toussaint est donc d’abord une fête pour les Saints ‘vivants’ du Martyrologe romain ; Mais elle est aussi la fête des ‘vivants’ comme vous et moi ! Notre fête ! Paul, le saint Apôtre fondateur de tant de communautés, ne salue-t-il pas, en entête de ces lettres, « les saints qui sont… » à Rome (Romains 1,7), à Corinthe (1ère Corinthiens 1,2b et 2nde Corinthiens 1,1b), aux Ephésiens, aux Philippiens, aux Colossiens. Bref, quand il s’adresse à une assemblée de baptisés, il s’adresse aux saints. Peut-être en étaient-ils de plus vertueux dans ces premières communautés qu’ils ne s’en trouvent aujourd’hui dans nos rangs, mais gageons, et les remontrances de Paul aux uns ou aux autres nous le montrent assez, qu’ils n’étaient guère différents de nous. Dans toutes les assemblées d’hier, d’aujourd’hui et de demain, il y a des femmes et des hommes probes et d’autres qui sont frivoles, cultivent autant de défauts qu’ils n’ont de qualités, boivent, sont infidèles à leurs conjoints, trichent, se sacrifient à quelques idoles… parce que ce sont des femmes et des hommes imparfaits autant qu’ils sont « saints par la grâce de Dieu ». Ils font parti intégrante de la foule innombrable de « ceux qui ont été sanctifiés dans le Christ » et qui sont appelés à être saints avec tous ceux qui invoquent le nom de notre Seigneur.
Nous sommes saints en vertu de la
sanctification qui vient de Dieu, de ce sacrement que nous recevons du Père ;
nous le serons d’autant mieux que nous recherchons à Lui ressembler, comme
telle est Sa volonté. Créés à son image, c’est par l’adéquation à ses
commandements que nous dévoilons notre ressemblance intime
avec le Seigneur. Alors nous sommes christ dans le Christ, fille/fils dans le
Fils, vivants dans le Vivant.
La Toussaint, c’est notre fête et celle de tous les vivants… et qu’il est désespérant de voir les tristes mines de celles et ceux qui vont à l’office et n’ont en tête que de commémorer leurs morts. Visiblement, ils n’ont même pas vraiment l’assurance que leurs chers disparus sont promis à la vie éternelle…
Cette fête marque la fin de l’année liturgique. Insensiblement, nous allons vers la Parousie, la célébration du retour dans la gloire du Seigneur, l’accomplissement plein et entier de la Promesse. Parce que ces temps sont les derniers, de l’année liturgique s’entend (quoi que !), il convient d’être saint parce que notre Père est Saint. Par nos propos, nos actes au quotidien, notre attitude aux autres c’est à nous de savoir être celle/celui qui révèle que le Royaume d’Amour du Père, ce royaume qui est déjà là bien qu’il ne soit pas encore totalement dévoilé. Si chacune et chacun d’entre nous, en conscience, ose cheminer authentiquement à la suite du Christ et prend le risque de cultiver l’adéquation à Dieu, alors il y a fort à parier que le monde se donnera à voir sous une toute autre réalité que celle, souvent navrante et parfois terrifiante, qu’il offre régulièrement dans nos journaux et au coin de nos rues. Il faudrait peu de chose : juste nous attacher à vivre qui nous sommes...des femmes et des hommes appelés par la grâce à la sanctification.
Réfléchissez y … et osez !
Eric - le pasteur - m'écrire