… Une grande foule de gens étendirent leurs manteaux sur le chemin ; d’autres coupaient des branches aux arbres et les mettaient sur le chemin. Les gens marchaient devant Jésus et ceux qui le suivait criaient : « Gloire au Fils de David ! Que Dieu bénisse celui qui vient au nom du Seigneur ! Gloire à Dieu dans les cieux ! »
Quand Jésus entra dans Jérusalem, toute la population se mit à s’agiter… Matthieu 21,8-10
A chaque fête de la Pâque, le gouverneur avait l’habitude de libérer un prisonnier, […] Pilate demanda donc à la foule assemblée :
- Qui voulez-vous que je vous libère : Jésus Barrabas ou Jésus appelé Christ ?
Car Pilate savaient bien qu’ils lui avaient livré Jésus parce qu’ils étaient jaloux.
[…] Lequel des deux voulez-vous que je vous libère ?
- Barrabas ! lui répondirent-ils.
- Que vais-je donc faire de Jésus appelé Christ ? leur demanda Pilate.
Tous répondirent :
- Cloue-le sur une croix !
- Quelle mauvaise action a-t-il donc commise ? demanda Pilate. Mais ils se mirent à crier de toutes leurs forces :
- Cloue-le sur une croix ! A mort ! A mort… Matthieu 27,15-23
« Vive le roi ! Béni soit-il ! Gloire à Dieu qui l’envoie ! » crie une foule de gens quand Jésus se présente la veille de cette grande fête juive, la Pâque, Pessah, qu’il vient comme il l’a toujours fait célébrer à Jérusalem avec ses amis et disciples ;
« A mort ! Cloue-le sur une croix ! A mort ! » crie, à quelques heures, quelques jours d’intervalle une même foule de gens.
Sont-ils les mêmes ? En sont-ils d’autres ? Qu’importe. Entre ces deux acclamations, Jésus, quant à lui, n’a pas changé. Il a continué d’être un maître délivrant un enseignement spirituel, le rabbi que apprend une voie pour suivre et vivre la Torah.
Si lui n’a pas changé entre l’entrée triomphale et la condamnation honteuse, le contexte politique a été transformé. Comment ? Jérusalem est la capitale occupée d’un royaume soumis à l’autorité de Rome. Les politiques y composent entre eux, les locaux et les occupants, mais aussi avec le pouvoir des clercs et l’influence des religieux.
Sans vouloir absolument collé à l’actualité la plus contemporaine, il me semble qu’il est question ici de laïcité ! Une querelle de pouvoir qui concerne au départ le haut clergé en place, agacé du succès populaire d’un réformateur et redoutant que les propositions de ce rénovateur ne supprime son influence… querelle détournée et portée devant les autorités politiques ignorantes de ces enjeux… les religieux manipulent les propos de Jésus, laissent entendre qu’il attente à l’autorité de l’Empereur et qu’il fomente un soulèvement, qu’il travaille à la restauration du pouvoir temporel du royaume d’Israël, qu’il prétend être roi des Juifs face à César. Malgré les efforts de Pilate, représentant de Rome, et ses tentative pour ne pas entrer dans cette querelle qui ne le concerne pas, il est finalement contraint de juger et condamner un homme qu’il sait innocent des crimes dont l’accuse. Il a compris qu’il n’y comprenait rien, que le problème se situait à un niveau qui n’était pas le sien, mais il s’exécute. Il se défausse, en se lavant les mains, de la responsabilité d’un tel jugement, car il reste incapable de comprendre ce qui est en train de se jouer dans son prétoire et qui il est amené à mettre à mort.
Nous entrons dans la grande semaine de notre Pâque, cette semaine dite sainte, par ce porche. Nous sommes dans la foule… celle qui acclame, parfois celle qui bascule et qui se laisse manipuler, celle qui peut sans doute s’époumoner à crier : « Vive le roi ! Béni soit-il ! Gloire à Dieu qui l’envoie ! », avant d’aller hurler, un peu plus tard, dans un contexte différent, : « A mort ! Cloue-le sur une croix ! A mort ! ». Non, pas nous, jamais… êtes-vous en train de dire. Scandalisé que j’imagine possible un tel retournement. Vous avez de la chance.
Quant à moi, je sais bien que je peux être de cette foule versatile et, parfois, me détourner de Celui qui pourtant conduit ma vie depuis bientôt 25ans. Evidemment, je vous l’accorde, je ne hurle pas contre lui, mais je m’en détourne, oublieux de son enseignement… même si j’y reviens, plus tard. Je laisse faire, je ferme les yeux sur mes propres agissements, sur le comportement d’un frère, les propos d’une sœur. Je suis Pierre qui sort son glaive quant les gardes du Temple viennent arrêter Jésus au jardin des oliviers, mais qui nie le connaître quand une servante l’interroge alors qu’il se réchauffe au feu du grand prêtre.
Alors, s’il vous plait, entrons dans cette belle et grande semaine avec le solennel engagement de la vivre dans la clarté. Clarté sur nous-mêmes, sur ce que nous faisons, comment et pourquoi nous le faisons. Une semaine sans fard, ni déguisement. Je suis qui je suis. Clarté sur ce que Dieu attend de moi, sa place dans ma vie. Sans excès de confusion ou de fausse humilité. Dieu aime qui je suis. Clarté avec les autres… parce que si je suis au clair sur ce que je suis et que j’arrive à accepter réellement que Dieu aime qui je suis, les autres retrouveront une place, la bonne, dans mon quotidien.
Voilà le challenge. Et nous avons une semaine pour préparer cette conversion. Conversion de notre manière de nous voir ; conversion de notre manière d’imaginer la présence de Dieu dans notre vie ; conversion de notre regard sur celles et ceux qui nous entoure… Il y a certainement beaucoup de travail pour arriver, dans la clarté et la lumière, au matin de Pâques.
Bonne semaine à vous toutes et à vous tous !
Eric.
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