"Vous, frères, c'est à la liberté que vous avez été appelés. Seulement, que cette liberté ne donne aucune prise à la chair ! Mais, par l'amour, mettez-vous au service les uns des autres.
Car la loi tout entière trouve son accomplissement en cette unique parole : Tu aimeras ton prochain comme toi-même". Galates 5,13-14
Au lendemain de la Saint Valentin qui voudrait permettre aux amoureux de célébrer dignement leur amour, Paul vient nous rappeler, violemment, ce qu’est l’authentique amour.
Si le français est d’ordinaire une langue riche et offre de multiple nuance, elle reste bien pauvre quand il s’agir d’aimer… j’aime le poulet et ma mère, j’aime tel compositeur et j’aime Dieu, j’ai faire ceci et j’aime mon conjoint… avouez que cela manque de subtilité.
Il y a bien évidemment "aimer" (minuscule) et "Aimer" (majuscule), "amour" et "Amour".
Laissons de côté tout ce qui relève de l’amour des choses ou des lieux, des goûts et des saveurs, cela relève normalement, sauf dérèglement particulier, de l’amour minuscule… j’aime bien… quand le verbe se conjugue avec toujours un petit quelque chose derrière… j’aime assez, un peu, pas du tout !
Portons plutôt notre attention sur l’Amour de l’autre, de celle ou de celui qui nous ressemble, de l’autre humain… cet autre, je peux l’apprécier ou pas, il peut m’être proche ou lointain. Pour autant, quelle que soit ma relation avec lui, quels que puissent être les sentiments que j’éprouve pour lui, Paul l’annonce avec force : je dois l’Aimer ! Je dois accepter de me mettre à son service. Je ne peux pas lui rester indifférent.
La chose n’est pas nouvelle puisque les commandements de la Loi, les antiques préceptes fondateurs d’Israël rapportés par Moïse avaient l’amour du prochain comme fondement.
« Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Je suis l'Éternel »
Preuve que l’invitation n’avait rien d’évident, elle plongeait en Dieu pour trouver ses racines et un point d’encrage. C’est parce que Dieu est Dieu qu’il proposait cette gageure aux femmes et aux hommes qui scellaient l’Alliance avec Lui. Personne ne peut, sans Son appui et Sa force, tenir un tel engagement…
Souvenons-nous de Caïn ! Et nos grands devanciers dans la foi n’étaient ni naïfs, ni tellement différents de nous pour ne pas comprendre que ce commandement de l’amour leur poserait les mêmes difficultés qu’à chacun d’entre nous.
Pire que l’amour de ce prochain, il y a l’affirmation qu’il convient de s’aimer soi-même.
La chose n’est pas plus évidente. Et si j’arrive parfois à cultiver une certaine compassion pour l’autre qui souffre, à celui qui m’est suffisamment proche pour m’émouvoir, j’ai terriblement de mal à parvenir à m’aimer vraiment. Je peux arriver, au prix d’efforts, à me supporter, voire à m’accepter tel que je suis. Ce premier pas n’est pas si facile et, là encore, je dois trouver l’appui en Dieu pour le franchir. Lui m’aime ! Dieu aime qui je suis ! S’il y arrive, je dois pouvoir Lui faire confiance… cela veut dire accepter de porter un regard lucide sur soi pour se voir sans fard, mais sans noircir le tableau non plus. J’ai des qualités comme aussi des défauts.
L’orgueil n’est pas l’amour de soi, mais une erreur de jugement. Je peux par orgueil me considérer bien supérieur à ce que je ne suis en vérité, et, de la même manière, je peux aussi insidieusement me rabaisser à outrance… dans les deux cas, je ne m’aime pas. Alors, comment aimerai-je l’autre ?
L’ancienne Loi avait passé très vite sur le double commandement de l’amour de l’autre et de soi-même et, très vite, la définition du prochain, du frère à aimer s’est réduite pour ne rester qu’une attention relative aux plus proches… chacun pouvant s’accommoder de ce commandement en plaçant l’amour de Dieu au-dessus de celui des hommes. Et Jésus fustige les religieux qui, sous couvert de respecter de petits règlements ecclésiastiques, s’exonèrent de leur devoir moral à l’égard même de leurs propres parents.
Quand le croyant ne va pas jusqu’à suivre l’hypocrisie du religieux, il se contente d’aimer ceux qui l’aiment et à haïr les autres. Ce que je n’imagine même pas de faire subir à ceux qui me sont chers, je ne me révolte pas de le voir se réaliser pour l’autre plus lointain, pour ce prochain qui ne m’est rien ! Il peut même m’arriver de le souhaiter pour cet autre que je n’apprécie pas ou qui me maltraite…
L’hymne à l’amour de Paul, dans sa première lettre aux Corinthiens, peut nous aider à réaliser un authentique amour respectueux de ce que nous sommes et attentif à l’autre.
Pour arriver à ne pas jalouser, à ne pas vivre dans l’envie de ce qu’à l’autre ou de ce qu’il semble être, je dois d’abord être dans l’amour de moi véritable. L’estime de soi et une connaissance honnête de soi garantissent un regard sans envie, ni jalousie sur l’autre. L’attention réelle à l’autre qui découle d’un rapport à soi apaisé et sincère, sans dichotomie, s’étend à tous les autres indifféremment : ceux que j’aime et qui me sont proches d’une manière ou d’une autre, et ceux que j’apprécie moins mais auxquels je suis quotidiennement confronté dans le travail, mes relations de voisinage, etc.
Il faut grandir dans l’amour, passer de l’enfance (avec un rapport très affectif à l’autre) à l’âge adulte (avec un rapport plus raisonné à soi d’abord, aux autres ensuite).
Sans l’amour, je ne suis rien !
Après la Saint Valentin, nous entrerons bientôt en carême. Apparemment cela n’a rien à voir.
Pourtant, il s’agit bien d’amour ! que le carême qui s’annonce soit pour nous l’occasion de grandir encore dans l’amour… celui de Dieu en nous recentrant à son écoute et à sa suite, mais aussi, et plus encore, celui des autres. Profitons du temps de carême pour réaliser un profond examen en nous-mêmes et nous mettre au clair sur qui nous sommes. Si nous parvenons à Pâques en ayant clarifié notre regard sur nous-mêmes, nous ferons un pas de plus dans l’amour de soi, des autres, de l’Autre.
Seigneur,
Permet-nous de faire la lumière dans nos cœurs pour trouver la juste mesure de l’amour de nous-mêmes, celle qui nous permettra de nous considérer dans la vérité, sans concession ni mensonge, et nous fera entrer dans un amour authentique des autres et de Toi.
Aide-nous à réaliser cela par Jésus, le Christ qui nous a aimé jusqu’à accepter d’offrir sa
vie pour nous. Amen
Eric
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