Comme tous les 25 mars, et cette année encore au cœur du Carême, la liturgie nous invite à célébrer la préparation de la nativité qui viendra dans… neuf mois, le 25 décembre ! L’église propose aujourd’hui que nous faisions mémoire du moment où Marie aurait connu le message de l’ange… et conçu un enfant sans connaître son époux, Joseph le charpentier de Nazareth, ni même aucun homme.
Sans m’arrêter sur la figure même de Marie, ou le statut exceptionnel de sa maternité, que nous apprend le texte de cette apparition ?
Luc 1, 24-38 (trad. Louis Segond) :
1:24 Quelque temps après, Élisabeth, sa femme [NDLR, la femme de Zacharie, le prête auquel l’ange apparut dans le Saint des saints], devint enceinte. Elle se cacha pendant cinq mois, disant:
1:25 C'est la grâce que le Seigneur m'a faite, quand il a jeté les yeux sur moi pour ôter mon opprobre parmi les hommes.
1:26 Au sixième mois, l'ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth,
1:27 auprès d'une vierge fiancée à un homme de la maison de David, nommé Joseph. Le nom de la vierge était Marie.
1:28 L'ange entra chez elle, et dit: Je te salue, toi à qui une grâce a été faite; le Seigneur est avec toi.
1:29 Troublée par cette parole, Marie se demandait ce que pouvait signifier une telle salutation.
1:30 L'ange lui dit: Ne crains point, Marie; car tu as trouvé grâce devant Dieu.
1:31 Et voici, tu deviendras enceinte, et tu enfanteras un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus.
1:32 Il sera grand et sera appelé Fils du Très Haut, et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père.
1:33 Il règnera sur la maison de Jacob éternellement, et son règne n'aura point de fin.
1:34 Marie dit à l'ange: Comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais point d'homme?
1:35 L'ange lui répondit: Le Saint Esprit viendra sur toi, et la puissance du Très Haut te couvrira de son ombre. C'est pourquoi le saint enfant qui naîtra de toi sera appelé Fils de Dieu.
1:36 Voici, Élisabeth, ta parente, a conçu, elle aussi, un fils en sa vieillesse, et celle qui était appelée stérile est dans son sixième mois.
1:37 Car rien n'est impossible à Dieu.
1:38 Marie dit: Je suis la servante du Seigneur; qu'il me soit fait selon ta parole! Et l'ange la quitta.
"Le Seigneur est avec toi" dit l’ange à une simple jeune fille…
Recevons cette annonce nous-mêmes et considérons qu’elle nous est adressé : le Seigneur est avec toi ! C’est cela la force du message de l’annonciation. Chacune et chacun d’entre nous, vous et moi, devons recevoir ce message avec toute la force qu’il contient. Le Seigneur est bel et bien avec chacun de nous. Si cela est une certitude, une affirmation radicale et définitive, arrivons-nous à l’assumer ? Pas toujours, vous en conviendrez et, en bien des occasions, nous refusons cette évidence… nous préférons nous contenter de l’apparente absence ou du prétendu silence de Celui qui, pourtant, se tient inlassablement à nos côtés, à chaque instant de notre vie et au cœur de nos moindres épreuves.
Si, finalement, nous parvenions à entendre cette annonce comme nous étant faite, ici et maintenant, à chacune et chacun d’entre nous, il faut encore passer à l’étape suivante… répondre !
Et là, la réponse, immédiate et totale, sans réserve, de ce petit bout de femme est saisissante.
"Qu’il me soit fait selon ta parole". Nous retrouverons le même abandon, la même offrande de soi dans la bouche de son fils, Jésus, celui qui est Christ, au moment de sa passion : "Que ta volonté soit faite et non la mienne…"
Quand nous risquons une réponse à la présence annoncée du Seigneur, nous sommes moins radicaux ! Et nous prenons bien soin de garder les commandes sans aller jusqu’ à nous en remettre absolument à Lui… pourquoi ? Parce que nous n’avons peut-être pas véritablement reçu l’annonce pour ce quelle est : une assurance irrévocable.
Comment oser une réponse qui nous implique si personnellement et totalement, si nous doutons de l’affirmation qu’Il se tient présent à nos côtés. Quand il reste encore cette part de doute qui relativise, qui considère, certes, la chose possible mais pour les autres, alors notre réponse ne peut être que relative elle aussi !
La réponse de Marie n’est pas exemplaire parce qu’elle la mère de Jésus ou parce qu’un concile la reconnue Θεοτόκος (Theotokos, littéralement "celle qui a enfanté Dieu"), pas plus parce qu’elle serait demeurée vierge avant, pendant et après avoir conçu et engendré un fils premier-né[1]. Elle est admirable parce qu’elle celle d’une femme ! De l’une d’entre nous ! Une personne humaine, mortelle et faillible, avec des qualités et certainement quelques défauts – comme tout à chacun, ni plus, ni moins – a su livrer une réponse sans faille ; elle s’est livrée toute entière par un "oui" sans réserve.
"Que votre oui soit un vrai oui et que votre non soit un vrai non… " enseigne l’Evangile (Matthieu 5,37).
Je vous propose de réfléchir à la réponse que nous faisons à l’engagement du Seigneur dans nos vies. Lui investit tout sur nous, est-ce que nous faisons retour de cet investissement ? Apprendre à lâcher prise, voilà tout le sens de l’enseignement évangélique et c’est ce à quoi nous aspirons en prenant la route à la suite du Christ… mais Dieu que c’est dure ! Souvent, nous reprenons la main ou prétendons le faire. Nous voulons garder l’illusion de conduire nos vies quand nous subissons. L’abandon entre les mains du Seigneur, un Fiat aussi convaincu et sincère, aussi plein et substantiel que celui de Marie peut seul nous permettre de vivre pleinement une existence humaine. La foi n’est pas une renonciation à vivre, mais une acceptation vivifiante qui nous permet de poser des actes réfléchis, pesés et de nous laisser conduire aussi pénible que puisse être le quotidien. Pas dans la perspective d’un avenir lointain qui serait radieux, plus tard, après, mais pour aujourd’hui, ici et maintenant parce que dans tout évènement vécu, quel qu’il soit, joyeux ou douloureux, nous devons savoir lire la présence du Seigneur et les signes présents du Règne.
Recevons l’annonce faite par l’ange et prenons le risque d’y répondre… une vraie réponse !
C’est la qualité de cette réponse, notre "oui" à la vie offerte par Dieu, qui nous permettra de vivre Pâques et le tombeau vide dans la joie et l’espérance. Vivons cette réponse intensément avec toute la puissance de l’amour… notre vie en sera bouleversée, assurément, comme le fut celle de la jeune fille de Galilée.
Amen
Eric.
[1] "Maria fuit virgo ante partum, et in partu. Et etiam post partum". Selon Thomas d’Aquin et le dogme catholique !
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