Entre le 16 mai et le 4 juillet 2009, ici et là, à travers toute la France, mais aussi plus largement dans toute l’Europe et le monde entier, se dérouleront les « GayPride », marches des fiertés ou de la visibilité des personnes gaies et lesbiennes, des personnes bisexuelles et transsexuelles… de celles et ceux qui, pour voir leur amour reconnu, doivent prendre le risque de l’exposer, supporter d’être (encore) montrer du doigt par les « autres », les bien-pensants et les bien-aimants, celles et ceux qui s’inscrivent dans la norme socialement admise quand bien même ils font (régulièrement) des entorses au contrat !
Pourquoi donc faut-il, aujourd’hui, se voir stigmatiser en raison de son orientation sexuelle ? Certes, il y a, génétiquement – c’est une affaire de chromosomes, je crois –, des hommes et de femmes… des être différents par leurs corps, leur fonctionnement hormonal, leurs différences physiologiques, etc. Mais, et c’est aussi vieux que l’humanité, parmi les hommes (entendez, le mâle aux attributs virils, celui dont on peut dire "Habet duos testiculos et bene pendentes!" ), comme parmi les femmes (c’est-à-dire les femelles avec leur cycle menstruel lunaire), certains d’entre eux et certaines d’entre elles qui ne s’y retrouvent pas. Il y a ce l’apparence physique et la réalité ontologique – l’être profond –, il y a ce que je parais être et ce que je suis… et, parmi les clercs sus-désignés, pourtant experts en condamnation formelle et excommunication de principe, ils s’en trouvent plus d’un à en deux bien pendantes, mais à « fonctionner » de manière plus… « lunaire » [NDLR : Désolé, mais je n’ai pas pu résister…]
L’explication n’est pas à chercher dans la psychologie ou les frustrations de l’enfance, le poids de la mère ou l’absence du père, tout ce fatras psycho-réducteur qui rassure, ou culpabilise, c’est selon, les familles angoissée à l’idée que… il est gay ; elle préfère les filles !
Tant que je cherche l’alibi de ce que je suis dans mon éducation, voire que je fais porter à d’autres (ma mère, mon père, le contexte familial ou sociétal) le fait que j’aime un autre du même sexe, je passe même à côté de moi-même. Est-ce que ma/mon voisin/e, qui aime aussi un/e autre (mais d’un autre sexe que le sien, il va sans dire !), se frappe la poitrine en se demandant où intervient la place de sa mère et celle de son père dans l’inclination qu’elle/il a à préférer celle-ci ou celui-ci plutôt que celle-là ou celui-là ? Car enfin, si, dans mon cas il faudrait accorder une si large place à la psychologie jusqu’à trouver en elle les motivations de mon orientation sexuelle, pourquoi chez elle/lui il en irait différemment pour justifier de son inclination ? Rien d’inné dans ma sexualité, que du « culturel » ?
Et qu’il ne me soit pas objecter que la sienne est « naturelle » quand la mienne serait « contre-nature »… l’argument à fait long feu ! Sauf à réduire la « nature humaine » à un stéréotype poussiéreux ou un archétype archaïque, avec ces toutes petites cases très réductrices où chacune et chacun devrait, au prix de laborieuses contorsions et de tragiques renoncements, entrer et se limiter, rester enfermé/e pour répondre strictement à sa « nature ». Sinistre et réducteur !
Par le passé, trop de nos anciens ont souffert soit du secret de leur condition réelle (amours clandestines et conformisme de façade… souffrance intérieure indubitable et assurée !), soit se sont vus jugés, et bien souvent mis au ban, par une société qui se voulait morale et n’était que moralisatrice et hypocrite. Accepter de telles déviances devait, à coup sûr pour les défenseurs d’un puritanisme ancestral, mettre à bas l’ordre social et voir disparaitre la nation. Que n’avons-nous entendu comme arguments aussi fallacieux qu’infondés au moment où la proposition de loi sur le PACS a été discutée, et adoptée, par le parlement ?
Avec cet aménagement légal qui, sans aller jusqu’à admettre un mariage entre personnes du même sexe, reconnaissait une valeur sociale aux ménages gays/lesbiens, tout allait voler en éclat et il semblait aux tenants conservateurs de l’orthodoxie religieuse et du moralisme républicain que les homosexuels se démultipliaient et qu’il n’y en avait jamais tant eu… la permissivité ouverte par cette loi inique faisait qu’ils/elles osaient s’afficher aux terrasses des cafés et des restaurants, marchaient dans la rue avec arrogance, piétinaient ouvertement les valeurs de la France éternelle, fille aînée de l’Eglise.
Bien des années après, le PACS n’émeut plus personne (et finalement n’a pas rencontré le succès escompté par ses promoteurs : paradoxalement, il est contracté par plus de couples « normaux » qu’« homos » ) mais il a permis de libérer notre société d’un certain a priori quant aux personnes homosexuelles. Enfin, presque, car les préjugés des bigots, le moralisme des bien-pensants et l’étroitesse d’esprit des pisse-froids et autres mal-baisés de toute acabit continuent de se faire entendre et de promouvoir l’hypocrite conception de la Normalité (avec le même « n » majuscule que la sacrosainte Nature humaine). Elle a ses chantres et, comme tous les mythes, la vie dure !
Alors, il va, cette année aussi, y avoir ici et là des marches pour affirmer la fierté d’être soi-même.
Je dis bien la fierté d’être soi, pas celle d’être homo ! Je suis qui je suis… et c’est cela mon unique motif de fierté. Accessoirement, ma sexualité en fait partie.
Si j’étais simplement fier d’être gay, ce serait tellement réducteur par rapport à tout ce que je vis, tout ce que je suis, que j’exprime, qui me fait militer et continuer d’agir. Je suis fier d’être ce que je suis, entièrement. Et même malgré les extravagances qui, cette année encore, marqueront les marches pour la visibilité des gays, des lesbiennes, des bi et des trans !
De plus, je suis chrétien et, si je suis fier d’être qui je suis, je sais que Dieu aime qui je suis, sans condition, ni restriction.
Comme chrétien, je préfère aborder les choses de manière positive et inclusive. Christ annonce un message d’amour universel et ce n’est pas à moi de choisir parmi les femmes et les hommes, quelles que soient les femmes ou quels que soient les hommes, qui est digne de son amour : il aime pareillement chacune et chacun ; c’est une affaire d’intimité de chacune et de chacun avec lui… cela ne me regarde pas.
Je suis inclusif, autant que faire ce peut.
Par parenthèse, rien ne m’agace plus que ces chrétiens qui, au nom du respect de l’autre et de la « différence », se battent la coulpe et organisent journées d’action ou de prière, temps-forts et rencontres contre-ci et contre-ça… à l’exclusion de celles de ceux qui peinent à accepter l’autre et ses différences. Dois-je avouer que j’y suppute trop souvent un alibi pour se donner bonne conscience à la manière du pharisien du temple dont la prière consiste à se satisfaire de n’être pas comme le publicain qui vient pourtant y prier avec lui : « Qu’est-ce que je suis bien, juste, sympa, ouvert et tout et tout moi qui organise la rencontre contre les homophobes, qui participe activement à la journée contre la transphobie, qui milite contre l’intolérance… en tous cas je suis plutôt meilleur que mon voisin de palier qui n’aime pas les homos, ce salaud intolérant que je méprise ! » J’abhorre un certain discours et l’activisme gay friendly qui sont de bon ton aujourd’hui dans les milieux chrétiens prétendument progressistes. C’est encore une manière de pointer du doigt et de mettre en exergue, de faire une place à cet autre qui reste d’abord marqué par « sa » différence. De plus, pour valoriser ce type d’actions militantes et revendicatrices, cela amène bien souvent à stigmatiser, et donc à exclure, celles et ceux qui trainent encore les pieds et restent mal à l’aise, sont trop conformistes sans être conservateurs. La propension de ces chrétiens, toutes chapelles confondues, à proclamer la vérité, à l’exclusion de tous les autres qui sont réactionnaires, comme celle à s’adjuger le statut de seul discours autorisé parce que seul vrai, à l’exclusion de tous les autres qui sont dans l’erreur, le jugement et l’obscurantisme, m’exaspèrent.
A l’occasion, j’irai participer à une marche des fiertés pour affirmer combien je suis fier d’être vraiment moi, tel que je suis avec mes colères et mon aversion pour les convenances… je n’ai jamais été à la pointe de la mode et, là, dans ce nouveau discours convenu de soutien inconditionnel à la cause homosexuel, je redoute une mode.
Parce qu’à ma connaissance, malgré toutes les journées contre, dans la rue, la plupart du temps, l’indifférence prend le pas sur l’intolérance, mais rien ne change vraiment ; dans le métro, j’ai encore droit aux quolibets moqueurs si je suis avec un ami ; à la terrasse d’un café, je perçois toujours les regards entendus aux autres tables quand je donne un baiser à l’homme qui me rejoins… et toutes les journées contre n’y changent pas grand-chose, elles rassemblent uniquement les convaincus et permettent de se congratuler entre soi, sagement et chaudement.
Il reste à inventer d’être pour ! Pour que chacune et chacun soit pleinement, magistralement, ce qu’elle/il est sans que cela suscite aucune prise de position d’aucune sorte : je veux être moi-même, épanoui, sans qu’il soit jamais question de savoir quelles peuvent être mes orientations sexuelles. Cela ne doit pas être plus important que mes engagements éthiques, mes convictions philosophiques, politiques ou de foi (noter que j’évite avec soin la dimension « religieuse » qui, pour moi, ne sont pas de l’ordre des convictions, mais de simples pratiques, du factuel...), ni faire plus d’effets que de connaître mes goûts alimentaires ou musicaux, le choix de mon lieu de vacances !
Si nous ne nous croisons pas à l’occasion d’une de ces marches pour les fiertés, j’espère que nous pourrons inventer ensemble une manière d’être pour l’Humain et que nous parviendrons à faire avancer les choses.
Inclusivement vôtre !
Eric
Je crois que Dieu est tellement au-dessus des problèmes d'ordre sexuel que mon âme peut vraiment respirer !
Pascal Körner
Rédigé par: PASCAL Körner | 16 mai 2009 à 02:45 AM