Par Philippe-Jean.
Le samedi 24 juin 2006 dernier, c'était la marche des fiertés à Paris. Les membres des diverses communautés chrétiennes inclusives de Paris et de toute la France se sont retrouvés avant la marche pour prier ensemble dans le temple de "La Maison Verte" situé rue Marcadet, dans le 18ème arrondissement de Paris.
Il y avait notamment (par ordre alphabétique des associations participantes) : Catherine du Centre du Christ Libérateur, Brigitte de la Communion Béthanie, Marc et François du groupe David et Jonathan, Fabrice, Thierry, Jérôme et Gilbert de l’Eglise Chrétienne Œcuménique MCC de Montpellier, Jean-Marc du groupe Lambda, Gaëlle, Véronique, Eric et Les Philippe du groupe Présence75, Arnaud, Jean, de l'association Rendez-Vous Chrétien, Clinger de SDA-Kinship, Marina et Damien de La Maison Verte, Florent, Xavier et bien des chrétiens qui me pardonneront de ne pas avoir indiqué ici leur prénom ou qui ont souhaités se joindre à nous simplement, anonymement.
Après la célébration qui s'est déroulée entre 11h30 et 12h30 sur le thème de "la marche", toutes celles et tous ceux qui souhaitaient défiler se sont donnés rendez-vous à 14h devant la gare Montparnasse. Nous portions une grande banderole multicolore qui a été très souvent photographiée et des t-shirts jaune orangé créés tout spécialement pour l'occasion (voir les photos prises ce jour là).
Sous un beau ciel tout bleu et avec un soleil magnifique, nous avons marché en direction de la place de La Bastille. Pour la première fois depuis que la gaypride existe, des chrétiens défilaient sous le signe de l'unité ; des chrétiens qui étaient venus de toute la France et qui avaient choisi de porter un message essentiel : "l'amour que Dieu donne à chacune et à chacun d'entre nous est un amour qui est donné sans aucune condition !"
Oui, quelque soient nos choix et nos identités, chacune des filles et chacun des garçons qui étaient là disait avec un sourire : « DIEU AIME QUI JE SUIS ! »
Alors que j'écris cela, je me souviens d'une émission diffusée sur canal + le 30 juillet dernier qui avait pour titre : « Haro sur les homos ». Elle montrait combien la réalité dans nos vies pouvait être au contraire bien loin de ce message d'amour universel.
En effet, quelle ne fut pas ma torpeur de découvrir à travers ce reportage le témoignage de plusieurs jeunes gens qui ont étés injuriés, molestés - l'un d'entre eux souffrant tant qu’il voulait se suicider - parce qu'elles/ou ils avaient laissé transparaître leur différence, leur identité propre : à savoir qu'elles/ ou ils ressentent une attirance pour des personnes du même sexe.
Vous me direz que l'homosexualité est un sujet à la mode ces temps-ci ; que la presse et la télévision abordent ce thème de plus en plus fréquemment ! Oui, bien sûr ! Mais là, l'insupportable voyez-vous, était qu'il s'agissait d'homo phobie ordinaire (si je peux m'exprimer ainsi) pernicieuse parce que banalisée ! Dans ce reportage, il ne s'agissait pas uniquement de violence verbale mais aussi de violences physiques, d'actes de cruauté gratuite qui avaient été perpétrés par des jeunes gens qui, pour certains, n'avaient pas même 15 ans !
Les victimes de cette barbarie incompréhensible étaient leurs camarades de classe, ou des adolescents de leur quartier ! Et les tortionnaires qui avaient étés retrouvés justifiaient leurs actes... Ces bourreaux en herbe expliquaient sans complexe au journaliste qui s'était aventuré dans la cité pour tenter de comprendre les raisons d'une telle violence, que "Dieu lui même rejette ces sales PDs, ces moins que rien...", "Que l'homme et la femme ont été créés pour procréer, et que par conséquent, seules les relations hétérosexuelles plaisent à Dieu", etc.
Comment de tels raisonnements sont-ils possibles alors que nous venons d'entrer dans le vingt-et-unième siècle ? Pour quelles raisons les uns ne peuvent-ils pas accepter la différence des autres ?
Est-ce la loi du rapport de force entre une majorité et une minorité ? S'agit-il du refus pour les uns d'avoir à être confronté à une attirance cachée au plus profond d'eux-mêmes et qu'ils refusent ? Est-ce de la "violence gratuite" - irrationnelle, incontrôlable - contre laquelle nul ne peut rien faire ? Je crois que le problème est bien plus grave que cela !
Souvenons-vous de l'histoire dramatique du jeune Alim qui s'est éteint au Cameroun en Juin dernier après 13 mois d'une détention aussi injuste qu'inhumaine, emprisonné comme ses camarades d'infortune parce qu'il était soupçonné d'être homosexuel, atteint du sida mais laissé sans aucune prise en charge médicale et abandonné à son triste sort par ses geôliers... Qu'au Nigéria des lois homophobes viennent d'être promulguées par l'état... Que des violences à peine imaginables se produisent ici même, en France, sous nos yeux !
Devant les images insoutenables de ce reportage je me suis demandé « pourquoi tant de haine ? » « Comment est-il possible que l'homme (pardonnez-moi de parler en terme général) soit aussi cruel ? »
Partout - au Liban, en Israël, en Corée, en Afrique...- des êtres humains s'entre-tuent ! Il n'y a qu'à regarder les infos télévisées pour se rendre compte à quel point le malheur voulu par les hommes s'abat sur des familles entières, décimées par la guerre, jetées sur les routes et qui fuient une mort quasi inéluctable !
Comment peut-on rester insensible au regard de ces enfants qui pleurent à côté du corps déchiqueté d'une maman ou d'un papa qui vient d'être la victime d'un attentat ?
Devant tant d'horreurs, je m'interroge - moi qui ai la chance d'avoir un confort relatif, et surtout de vivre dans un pays préservé de la guerre !
Avons nous perdu toute notre humanité ? Sommes-nous incapables à ce point d'être les femmes et les hommes que Dieu nous demande d'être ? Saurons-nous un jour dépasser nos haines pour voir dans le regard de l'autre une sœur ou un frère qui souffre ? Est-ce si difficile de mettre en pratique dans nos existences éphémères le message du Christ qui est venu nous visiter pour nous dire "Aimez-vous les uns les autres comme votre Père au ciel vous aime" ?
Je suis déçu par ces comportements fratricides qui ensanglantent le monde. Parfois même, devant le spectacle désolant de toutes ces souffrances, j'ai envie de pleurer. Je me demande comment nous pouvons manquer d'amour à ce point ? Pourquoi nos cœurs restent-ils sourds au message que le Christ est venu nous révéler ?
Bien que les ténèbres semblent gagner du terrain, je ne veux pas céder au désespoir de voir un jour une lumière nouvelle éclairer le monde. Oui, je crois que Dieu demande à celles et ceux qui ont choisi de croire en Lui, de se mettre en marche et d'aller vers Sa lumière !
Le 24 juin dernier, à Paris, j'ai vu des femmes et des hommes qui ont défilés avec un sourire, pour dire leur fierté d'être chrétien mais aussi différent/e/s et leur certitude d'être aimé/e/s telles qu'elles/ tels qu'ils sont. Un cœur était dessiné bien en évidence sur leur poitrine et je veux croire qu’il était le signe que l'amour est toujours possible ! L'amour de soi-même, l'amour pour les autres, l'amour de la vie que Dieu nous a donné et qui est une louange à Sa grandeur.
Je vais terminer ce long article par quelques mots d’Antoine de St Exupéry qui a écrit dans son célèbre livre intitulé "Le petit Prince", la phrase suivante que je vous livre :
« On ne voit bien qu'avec le cœur, l'essentiel est invisible pour les yeux ! »
A méditer...